De "moteur d'abord" à "électrique d'abord" : la logique sous-jacente de l'évolution hybride entre Toyota THS et BYD DM-i
I. L'ère THS : batterie faible, moteur toujours protagoniste
Le Toyota Hybrid System (THS) est l'ancêtre des hybrides de série. Depuis la première Prius en 1997, il en est à sa cinquième génération. Son cœur est un train épicycloïdal qui couple le moteur thermique et les moteurs électriques — un compromis typique de l'époque où la batterie était limitée.
La Camry hybride emporte une batterie physique de seulement 1,6 kWh, dont le THS n'utilise qu'environ 40 % (~650 Wh). L'état de charge (SOC) est verrouillé entre 38 % et 75 %. La quatrième génération utilisait une batterie Ni-MH de 201,6 V et 6,5 Ah. Même la cinquième génération, passée au lithium-ion, se contente de 1,12 kWh.
Cette stratégie de "charge-décharge peu profonde" allonge la durée de vie, mais condamne la batterie au rôle d'auxiliaire. En mode électrique pur, la Camry hybride ne parcourt qu'environ 4 km à 37 km/h, consommant ~500 Wh. Un ralenti de 26 secondes n'ajoute que ~25 Wh.
Dans l'architecture THS, le moteur thermique entraîne continuellement les roues. Les moteurs électriques et la petite batterie servent à "régler le régime et le couple" pour maintenir le moteur dans sa zone de rendement optimal. Ce n'est pas que Toyota aimait le thermique : le plafond technologique de la batterie ne laissait pas d'autre choix.
II. BYD DM-i : l'inversion des rôles après le bond de la batterie
La famille DM-i de BYD marque l'ère du hybride "électrique d'abord".
La cinquième génération de DM emploie une Blade Battery dédiée aux hybrides rechargeables : 115 Wh/kg (+15,9 %), taux de décharge de 16 C, taux de régénération de 5 C. La Sealion 05 DM-i version 220 km emporte 26,628 kWh, charge en CC à 57 kW et passe de 30 % à 80 % en 16,2 minutes. L'écart avec le 1,12 kWh du THS sans recharge rapide est d'une génération entière.
Ce bond a inversé les rôles :
- Le moteur P3 devient la source principale de propulsion.
- Le moteur thermique recule en rôle secondaire : il passe la majeure partie de son temps à son rendement optimal et à recharger via le moteur P1.
- La grande batterie couvre les déplacements quotidiens en mode électrique, réduisant drastiquement les interventions du moteur thermique.
L'essence architecturale est claire : le THS utilise un train épicycloïdal pour un couplage mécanique ; le DM-i s'appuie sur l'électronique de puissance. L'un pallie par la mécanique une capacité électrique limitée ; l'autre remplace la mécanique complexe par du logiciel une fois la batterie devenue suffisamment puissante.
III. Pourquoi les constructeurs japonais ont pris du retard : une hémorragie lente de compétences batteries
Le retard japonais est structurel. Toyota est resté vingt ans sur la chimie Ni-MH et n'a adopté le lithium-ion qu'avec la cinquième génération du THS vers 2022. Pendant ce temps, l'industrie chinoise est passée du LFP au NCM, puis aux concepts semi-solides. Quand Toyota a enfin adopté le lithium-ion, BYD produisait déjà en série des Blade Batteries capables de décharge 16 C.
La dépendance au moteur thermique a aussi joué. Les constructeurs japonais avaient des décennies d'avance sur les moteurs, boîtes et transmissions. Cette expertise est devenue une inertie. Toyota a continué d'optimiser son train épicycloïdal et ses contrôles centrés sur le thermique, tandis que BYD partait du principe que la batterie et le moteur électrique devaient porter la charge.
Le résultat est visible dans la cinquième génération. Le DM de cinquième génération de BYD, dévoilé en mai 2024, a inauguré l'ère de la consommation "inférieure à 3 L/100 km". La cinquième génération du THS, elle, s'est concentrée sur l'augmentation de la densité de puissance et l'allègement de 17 % du module de commande — des progrès, mais pas sur l'axe de transformation que connaît la Chine.
IV. Conclusion : la batterie comme ancre
L'évolution du THS au DM-i repose sur une logique simple.
Quand la batterie est faible, le système hybride doit être moteur-d'abord et électrique-ensuite. Quand la capacité et la puissance de décharge progressent d'un ordre de grandeur, les rôles s'inversent : l'électrique devient principal et le thermique devient un range-extender auxiliaire.
Toyota n'a pas perdu parce que son train épicycloïdal était mal conçu ; c'est toujours une prouesse mécanique. Il a perdu parce que l'industrie batterie a avancé plus vite en Chine et parce que l'emprise japonaise sur le moteur thermique a rendu difficile l'abandon de la logique combustion-d'abord. À mesure que les batteries à l'état solide et à plus haut taux de décharge arriveront, l'électrification des hybrides ne fera que s'approfondir. Et la maîtrise de cette transition appartient désormais aux entreprises — et aux chaînes logistiques — qui maîtrisent la batterie.
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